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Je suis un arbre !



Je suis un arbre ! Oui ! Je suis un arbre !
Je bois avec les pieds ! Oui ! C'est le pied !
Un cèdre du Liban, en bref un arbre arabe ...
Je change la lumière en salade : je suis un arbre.
Je ressens mes racines j'hallucine !
Vous ne voyez pas dans ma plantation
Tous ces points d'exclamation
! Je suis un arbre à barbe !

Tous les automnes je porte le deuil
De mes feuilles.
Pendant un temps j'attends le retour du printemps
Pour prêter mes bras aux oiseaux
Et donner un peu d'ombre aux roseaux.
Chaque saison la sève monte dans mes nervures
Chaque saison d'amour une nouvelle blessure
Des cercles secrets au coeur de mon tronc, pulpe fiction.
La prochaine fois je ferais attention.

Puis j'oublie par paresse et la fois d'après je me blesse
Ca se corse
Un rond de plus planqué derrière l'écorce.

Mais que vois-je au bord du ruisseau ?
Planqué derrière un arbrisseau ?
Mignon roseau caché derrière les branches
Je ne l'avais pas repéré tellement il se penche

Ah si j'étais un brin de lierre
Je remplacerais les racines d'hier Par celle de demain : plus fières
Je me faufilerais entre les fougères
M'agrippant comme si j'avais des mains.
Je m'approcherais de ce roseau
Et poserais sur sa courbe unique
Un regard angélique, humide de rosée

Mais je suis un arbre, un arbre arabe un arbre à barbe
Et les histoires à l'eau de rose Ne me sont jamais destinées.
Je n'ai qu'un seul talent inné
Celui de transformer la lumière en salades
En balivernes peu vraisemblables.
Je vous l'ai dit : je suis un arbre.
Alors je ne risque pas
De faire le premier pas.


§
Jérônimot